Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Jean-Louis Benoit

Crédit Photo : Antoine Benoit

 Lucrèce Borgia AB 15

Lucrèce Borgia de Victor Hugo, mise en scène de Jean-Louis Benoit

 

La pièce de théâtre en prose de Victor Hugo, Lucrèce Borgia, connaît dès sa création en 1833 un franc succès populaire, un rééquilibrage après l’échec du Roi s’amuse de l’année précédente. La première pièce est « la paternité sanctifiant la difformité physique » et la seconde, « la maternité purifiant la difformité morale ».

L’histoire de mœurs dissolues, d’incestes et de crimes s’annonce comme transcendée par le plus beau des sentiments, l’attachement maternel.

Le drame à teneur tragique s’inspire de la véritable Lucrèce Borgia (1480-1519), fille naturelle du futur pape Alexandre VI et sœur de César Borgia, manipulée par le père et le frère. Au gré des intrigues politiques familiales, elle se marie une troisième fois avec Alphonse d’Este, futur duc de Ferrare, présent dans la pièce.

La tragédie est un diamant noir : trois actes pour voir vivre et mourir la cruelle Lucrèce, femme débauchée, monstre sanguinaire et sans remords.

La mise en scène de Jean-Louis Benoit est sobre et puissante, austère et lumineuse.

Au début de l’intrigue et du Carnaval de Venise, apparaît la séductrice, masquée et penchée sur un étrange soldat endormi, Gennaro (Martin Loizillon).

Le capitaine ignore ses origines, il est compagnon d’armes de jeunes seigneurs qui n’aspirent qu’à venger les crimes familiaux perpétrés par la figure démoniaque.

L’un d’eux lance au soldat : « Tu es heureux, Gennaro, parce que tu es vierge d’histoire. » Or, celui-ci porte sans le savoir de lourdes fatalités héréditaires.

Lucrèce le regarde endormi car elle le revoit pour la première fois depuis vingt ans. La pièce est l’histoire d’un amour maternel venu trop tard (Vitez). La contemplation filiale précipite la crise : « Elle s’approche de la source de son rêve comme pour reprendre force vive. Dès qu’elle s’en éloigne, elle est en perdition. »

Même Gubetta (Thierry Bosc inébranlable), l’âme damnée, habitué à la religion du mal, ne comprend plus sa maîtresse dont il soupçonne que Gennaro est l’amant.

Or, l’histoire poursuit sa route, et les seigneurs vénitiens, tendus par un même désir de vengeance contre la tyrannie impunie des Borgia, sont appelés à Ferrare, ville dont Gennaro défigure le palais des Borgia en Orgia pour prouver sa bonne foi.

Mais c’est au mari jaloux de Lucrèce, le duc d’Este (Fabien Orcier tenace et subtil), que revient la vengeance. Calculateur et retors, il prétend ne pas se démettre de sa promesse de vengeance : il met à mort le jeune rival, en toute connaissance tue. Lucrèce fera tout pour que la sentence ne soit pas exécutée, protégeant le condamné comme une tigresse. Mais du Carnaval vénitien au festin à Ferrare chez la Princesse Negroni (Ninon Brétécher) acquise aux Borgia, le drame s’accomplit

Les tableaux successifs des trois actes imposent l’intensité de belles présences justes et mobiles. Comme les peintures ou les sculptures vivantes de portraits en groupe, s’assemblent puis se désagrègent de jeunes gens turbulents, habit noir et fraise d’apparat, Gennaro mais aussi Maffio (Anthony Audoux), Jeppo (Maxime Taffanel), Ascanio (Laurent Delvert), Oloferno (Alexandre Jazédé) et Don Apostolo (Jonathan Moussalli). À la fête finale, les jeunes invités dansent une ronde gracieuse dans les bras de jeunes personnes généreuses en robe claire et printanière.

Sur un sol de damier noir et blanc, la tragédie déroule son mouvement irréversible, à la manière préméditée des déplacements de pièces d’un jeu d’échecs.

Pour décor, un canapé ample de cuir rouge violent ou rouge sang qui sert de lieu de conversation ; des panneaux latéraux transparents laissent deviner les actes félons.

Nathalie Richard, tragédienne de théâtre en majesté, figure frêle dont la blondeur s’accorde harmonieusement avec la chevelure claire de Martin Loizillon, est une Lucrèce convaincante à l’âme sombre, maîtrisant avec art pleurs, parole et discours.

Capable de dire le sublime comme le grotesque,  de la nuit au jour, elle convainc magistralement le public qu’elle emporte par une déploration sensible et savante qui pense sans y parvenir défier la mort.

Véronique Hotte

Du 5 au 9 mars au CDN Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

Les 26 et 27 mars au Théâtre de la Ville de Luxembourg.

Le 29 mars, Théâtre de Esch-sur-Alzette au Luxembourg.

Du 3 au 6 avril à la Comédie de Picardie à Amiens.

Les 10 et 11 avril au Théâtre de Narbonne.

Le 15 avril, Théâtre du Centre Culturel Marcel Pagnol à Fos-sur-Mer.

Les 17 et 18 avril au Cratère d’Alès.

Le 13 mai au Théâtre de Chartres.

Du 16 au 25 mai au Théâtre des Célestins à Lyon.

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