Flamenco Hoy de Carlos Saura, chorégraphie de Rafael Estevez et de Valeriano Panos, musique de Chano Dominguez et Antonio Rey

Flamenco Hoy de Carlos Saura, chorégraphie de Rafael Estévez et Valeriano Panos, musique de Chano Dominguez et Antonio Rey

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Le grand maître de la guitare flamenco, Paco de Lucia – qui a mélangé la tradition avec, entre autres, la musique indienne, la salsa, la bossa nova et la musique arabe -, vient de disparaître alors que se donnait, la veille de sa mort, à La Maestranza de Séville, tout près du fleuve Guadalquivir qu’il aimait tant, Flamenco Hoy, un spectacle mis en scène par le cinéaste espagnol Carlos Saura, sur le renouveau d’un flamenco vivant à travers de nouvelles générations d’interprètes.

Flamenco Hoy est un spectacle assumé et revendiqué sur le flamenco en résonance avec notre époque dans le cumul de toutes les influences intégrées au fil du temps.

Le même Paco de Lucia a ajouté à l’instrumentation flamenca, dans les années 1970, le cajon, cet instrument de percussion en forme de boîte qui vient du Pérou et dont joue aujourd’hui le percussionniste José Cordoba pour ce spectacle revigorant dont la musique est composée par le pianiste et jazzman Chano Dominguez, absent du plateau.

Mais à côté de la guitare virtuose de Antonio Rey qui égrène ses respirations amples ou saccadées – alternance de violence, de force, de colère et de douceur plaintive -, le public a rendez-vous aussi avec le piano, le violoncelle, la flûte traversière et le saxophone (Javier Galiana, Ernesto Aurignac, Martin Mélendez).

La rencontre musicale, vocale et chorégraphique entre flamenco traditionnel et influences « autres », a lieu.

De l’avis de Carlos Saura, de nombreuses tendances participent au renouveau du genre musical et vocal, ainsi les apports arabes, les lamentations juives, les rythmes africains, ce souffle particulier du peuple gitan qui un jour depuis l’Inde lointaine s’est mêlé au peuple andalou, sans oublier les rythmes « aller retour » entre Europe, Cuba et Amérique latine, et l’influence généreuse du jazz enfin.

Non seulement à travers la voix profonde, rocailleuse et douloureuse des chanteurs, Sandra Carrasco, Blas Cordoba et Israel Fernandez, mais encore à travers la chorégraphie des solistes Rafael Estévez et Valeriano Panos, Ana Morales et Rosana Romero et l’ensemble des danseurs, Flamenco Hoy donne à entendre les trois chants fondamentaux du flamenco : les tonas, la siguiriya et la solea ; ils expriment les thèmes référentiels de l’amour, la passion, la famille et  la mort.

La siguiriya recèle toute la tragédie humaine, la solitude et le désespoir existentiel face au drame de la vie et à la mort, un chant qui vient de l’intérieur et du plus profond de l’âme. La solea est la mère de tous les chants, et un sommet de grâce et d’harmonie pour la danse flamenca féminine.

On écoute encore des sevillanas, des fandangos, des bulerias, des zambas, des alegrias …, des chants vifs jouant sur la répétition et la variation de quelques vers.

À ce répertoire et à toutes ces nuances que les voix et les corps du flamenco expriment, s’ajoutent encore le jeu extraordinaire des palmas – ces doigts que l’on frappe en rythme sur la paume de la main opposée -, des pitos – les claquements de doigts -, et des zapateados – les claquements sur le sol des pointes et des talons -, toutes chose enfin qui accentuent l’intensité rythmique des corps en tension.

Le spectacle peut à peine se décrire, tant la force de vie qui émane des voix, des chants et de la musique est puissante, à la fois incontrôlable et extrêmement contrôlée.

Et tant les corps en majesté dégagent une énergie furieuse qui rivalise avec l’élévation soutenue d’une exigence toujours tendue. Les bustes sont altiers, la tête est renversée et comme tournée vers le ciel qu’elle provoque, les corps souples tournent sur eux-mêmes, se renversant, tournoyant et se redressant aussitôt.

Les bras s’élèvent au-dessus des têtes et les mains tournent et s’envolent : l’être est pleinement lui-même, fier d’avoir atteint sa vérité, levant le regard toujours plus haut au-dessus de lui- même et de ses souffrances, fort de sa foi dans l’art et dans l’existence. Un moment de vie, de voix, de musique et de danse de rare intensité.

Véronique Hotte

Le 25 février 2014 à La Maestranza de Séville.

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