Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction de François-Victor Hugo, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

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Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, traduction de François-Victor Hugo, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz

 

La forêt est le lieu archaïque où vivent ceux qui ne sont pas assimilables aux hommes, faunes ou nymphes. Ce domaine des esprits est le lieu des cultes païens avec ses bois sacrés germaniques ou ses druides celtes.

L’Enfer de Dante n’évoque pas autre chose : « Ah dire ce qu’elle était est chose dure / cette forêt féroce et âpre et forte/ qui ranime la peur dans la pensée. »

Si la mise en scène du Songe d’une nuit d’été par Muriel Mayette-Holtz repose sur la traduction un peu passée de François-Victor Hugo, Françoise Morvan qui a traduit par ailleurs la pièce de Shakespeare avec André Markowicz, précise que ces bois profonds shakespeariens sont habités par un monde fantastique de fées, d’elfes et de lutins, des esprits qui ont le pouvoir de changer d’apparence, se rendre minuscule ou bien gigantesque, se métamorphoser et devenir invisible.

Selon les traditions populaires, à côté de l’univers des hommes, le royaume des invisibles se manifeste aux humains quand il le veut, soit pour les aider ou les punir.

La reine des fées est Titania, une Martine Chevalier en walkyrie inouïe, guerrière furieuse et expérimentée de la mythologie nordique, revêtue d’une armure pour voler et diriger les batailles, à la façon de la littérature Heroic Fantasy et des costumes étudiés d’après Jérôme Bosch par Sylvie Lombart pour Murielle Mayette-Holtz.

Autour de la reine, passe un théâtre d’ombres et d’elfes portant des cottes comparables à des ailes de chauve-souris, et de longues queues claquantes et enroulées de petits animaux minuscules qui seraient extraordinairement grossis, poilus et griffus encore, sautillants et légers, inquiétants et maniaques, recroquevillés comme des insectes que l’on analyserait scientifiquement au microscope.

Quant au roi des fées et époux de Titania, Obéron, il est interprété par l’inénarrable, imprévisible et réjouissant Christian Hecq, secondé dans ses interventions par son fidèle Puck – un Louis Arène volatile, acrobate et luciférien. Obéron joue l’intrus qui se serait glissé dans le monde des fées, un habitant retrouvé de la Planète des Singes, véritable bête de cirque simiesque aux attributs virils impressionnants.

Comme le dit encore la traductrice, Le Songe d’une nuit d’été est une pièce baroque sur la mue, le passage d’une forme à une autre.  Helena aimerait être Hermia et Bottom (Jérémy Lopez), l‘artisan, sera malgré lui, âne…

N’oublions pas encore l’intrigue où deux couples, Hermia ( Suliane Brahim) et Lysandre (Sébastien Pouderoux) d’un côté,  et Héléna (Adéline d’Hermy) et Démétrius (Laurent Lafitte) de l’autre, contrariés par le jeu des mariages arrangés ou par l’impulsion incontrôlable d’Eros, obéissent confusément à leurs désirs.

Niant ou bien oubliant qui ils sont, ils échangent involontairement leur partenaire sous l’effet hypnotisant de la poudre magique des elfes malicieux, contrefaisant des numéros de clowns.

Tour à tour, avant que chacun ne retrouve sa chacune, les jeunes promises vêtues de soie légère verront leur amant fuir.

Le cadre de la pièce est le mariage de Thésée (Michel Vuillermoz) avec Hippolyta (Julie Sicard), la reine des Amazones : les promis un peu vulgaires et un peu ivres entrent dans la Salle Richelieu pour s’installer bruyamment, entourés de leurs invités.

À voir donc, pour ce public dans le public, une scène de théâtre qui soit de pur divertissement, un espace immensément vide et élevé de colonnes de tissu silencieux, une forêt paradoxalement blanche et immaculée où le spectateur admirera des ombres, des bêtes mi-hommes ou mi -femmes, contrefaisant les gorilles de la préhistoire ou bien les insectes archaïques à carapace.

Entre la forêt et le public, la scène de théâtre dans le théâtre avec la prestation naïve des artisans est une chorégraphie savante en blouses grises plutôt travaillée.

Le Songe d’une nuit d’été s’est envolé de la scène shakespearienne pour ne conserver que ce paradis infernal étrange, habité de rêves et de fantasmes, de peurs et de craintes, qui ne figure rien d’autre que l’attraction physique des êtres entre eux.

La lecture de la pièce reste ludique, moqueuse et joueuse – accessoires de clowns, déguisements comiques et jeu grossier des corps -, pour un certain plaisir distancié.

Véronique Hotte

Salle Richelieu de la Comédie-Française, du 8 février au 15 juin 2014, à 20h30 et matinées 16h.

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