Rabah Robert de Lazare, mise en scène de l’auteur

Crédit photo : Christian Berthelot

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Rabah Robert

 

Ce projet est le dernier volet d’un triptyque de l’auteur et metteur en scène Lazare, un artiste âpre et turbulent, un projet initié d’abord avec Passé- je ne sais où, qui revient, et Au pied du mur sans porte, ensuite.

Le spectacle est fidèle à l’esthétique bien frappée et volontairement heurtée, cognée et percutante de cet artiste français d’origine algérienne, issu de la banlieue, qui revendique cette expérience comme identité et reconnaissance existentielles.

Tant pis et tant mieux aussi, si certains – le public – peuvent éprouver quelque culpabilité. Mais en même temps – et avec bonheur -, l’étape des origines et de l’enfance est dépassée tout en étant explorée fébrilement pour construire une vie autre et mieux armée, en s’extrayant d’un passé qu’il faut comprendre et décrypter pour le faire pleinement sien.

C’est en ce sens qu’on peut comprendre le titre complet du spectacle, Rabah Robert – Touche ailleurs que là où tu es né. Toujours est-il que Lazare « touche » brillamment et que le vide, la non-vie et le sentiment d’inutilité sont loin d’être les valeurs de ce théâtre singulier, provocateur, non « récupéré », ni récupérable, hors de toute complaisance.

Sur le plateau, un amoncellement d’objets qui ne doit rien au hasard : les comédiens – vigoureux et décidés – s’en saisissent délibérément, à un moment ou à un autre. Des instruments de musique sur lesquels on joue souvent ; un arbre au tronc long et mince et au feuillage volumineux,  encombrant mais léger tout à la fois, se promène sur la scène, porté par l’un ou par l’autre – symbole de la Nature pourvoyeuse de vie. L’énergie que déploient les acteurs n’est pas jouée : ils ont tous une particularité – un accent ou une démarche « banlieue » qu’on n’efface pas, ou bien en échange, une façon d’être universelle – saisissante de respiration heureuse.

La mise en scène relève du chaos organisé, composant un assemblage, un patchwork coloré et souriant. Libellule, le fils du père mort Rabah Robert, part à l’assaut de l’existence : il lui faut savoir qui était ce père mort.

Entouré de ses deux sœurs et de sa mère, libre et artiste peintre, il se pose et pose toutes les questions.

D’Algérie en France, de la Guerre à la paix, depuis les épreuves et les souffrances endurées par l’écartèlement entre les deux pays – irréversiblement liés et noués. Chants, danses, les interprètes montent dans le train et se livrent à un jeu physique insolent ; les références ne font pas écho aux canons classiques.

La vie est ailleurs, hors de la norme petite-bourgeoise franco-française qui se voit ainsi bousculée, réveillée, acculée à regarder autrement son voisin qui est un autre soi-même révélé.

Le spectacle bat son plein sur le plateau, spontané, libre et réjouissant, au-delà des origines de chacun, des accents et des cultures particulières, transcendées toujours pour un mieux vivre ensemble.

Véronique Hotte

Rabah Robert, texte et mise en scène de Lazare. Théâtre2Gennevilliers 92230. Du 30 janvier au 15 février 2014. Tél : 01 41 32 26 26

 

 

 

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