Le Jeu des 1000 euros d’après l’émission de France Inter, texte et mise en scène Bertrand Bossard

Le Jeu des 1000 euros, d’après l’émission de France Inter, texte et mise en scène de Bertrand Bossard

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Historiquement, le Jeu des 1000 euros est une émission radiophonique créée en 1958 par Henri Kubnick, le jeu le plus ancien du paysage radiophonique français. En 1960, il s’intitula le jeu des 1000 francs, ceci jusqu’en 2001.

L’émission se déplace toute l’année dans de nombreuses villes françaises.

Les questions sont posées par les auditeurs de la France entière, des plus faciles aux plus difficiles. Lucien Jeunesse a occupé le poste d’animateur de 1965 à 1995, repris par Louis Bozon jusqu’en 2008 et par Nicolas Stoufflet aujourd’hui.

Bertrand Bossard voit dans le Jeu des mille euros une institution populaire, un rituel, une cérémonie, une liturgie républicaine qui fait appel à la culture  et à la connaissance des candidats à travers citations d’auteurs et leur contexte.

Les moments les plus amusants du spectacle sont d’ailleurs ceux qui reprennent le jeu des questions réponses auxquelles tous se soumettent sur le plateau comme dans la salle, avec un esprit de répartie, convivial et bon enfant.

Quel est le nom en langue hindi de la philosophie défendue par Gandhi, traduite « force de la vérité », une sorte de résistance de la non-violence ? Répondez « Satyagraha »…

Les relations interactives entre examinateur, candidats et public fonctionnent à tout coup. Bossard en animateur y met du sien, de l’enthousiasme et une fougue à revendre, relayé par son compère pour la technique et la régie, Vincent Berger, qui lui-même gère le « métallophone », sorte de xylophone qui tient lieu de carillon universel dans l’attente collective et stressante de la réponse juste.

Si ce n’est ce rendez-vous quotidien posé sur une scène de théâtre, devenu visible et non plus seulement audible, les numéros ne s’enchaînent guère et le spectacle souffre d’un rythme pesant pour l’insatisfaction prolongée du spectateur.

Il y a bien le nom de « romantisme » et de « Goethe » qui provoque chez l’une des candidates (Louise Belmas) une colère et une crise d’agressivité incontrôlable ; il y a bien le préposé à la musique (Benjamin Farfallini) qui se rebelle contre la soumission de tout fonctionnaire, s’inspirant de L’Homme révolté de Camus. 

Toutes ces ires déchaînées sont en porte-à-faux, même si elles illustrent l’état général de catastrophe dont Bossard et son compère nous font part de façon fastidieuse, au début de la représentation. Déguisés en astronautes en combinaison spatiale sortis de 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, ils déplorent la fin des civilisations et le retour au chaos. Un seul salut : refaire vivre le Jeu des 1000 euros qui exigeait, dans un âge d’or perdu, lectures, connaissances, concentration et retour sur soi.

Puis, à la fin, sans crier gare, après les noms propres de Racine et de Charlemagne et le nom commun de « sinéphile », on retombe sur le grand Deleuze « qu’est-ce que la création ? »

Les quatre lobes répertoriés et colorés du cerveau s’animent sur le plateau grâce aux quatre comédiens joueurs.

Il y a de l’idée, une idée qui n’a pas fait son chemin ou n’a pas abouti.

Un moment sublime pourtant, quand le musicien Gerald Kurdian se met à jouer et à chanter, un moment de grâce, enfin.

 

Véronique Hotte

 

CDN Aubervillers jusqu’au 1er février 2014, mardi et jeudi à 19H30, mercredi et vendredi à 20H30, samedi à 18h, dimanche à 16h. Tél : 01 48 33 16 16

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