Personne(s), installation theâtrale de la Compagnie trois-six-trente – Bérangère Vantusso et Marguerite Bordat

Crédit Photo : Polo Garat

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Personne(s), Installation théâtrale de la Compagnie trois-six-trente

 

Après avoir présenté tout récemment Les Aveugles (2008) d’après Maeterlinck, la compagnie trois-six-trente crée Personne(s), une installation théâtrale qui rappelle les mises en scène des Aveugles encore, mais aussi de Violet de Fosse, des spectacles dont les personnages sont des marionnettes manipulées conçues par Bérangère Vantusso et Marguerite Bordat.

S’inspirant des œuvres de l’artiste Ron Mueck, Bérangère Vantusso a construit depuis 2006 en collaboration avec Marguerite Bordat, des marionnettes hyperréalistes à taille presque humaine. Ces figures recréées sont en effet, réduites telles des miniatures, neuf ou dix personnes âgées issues des Aveugles, assises calmement sur un banc et regardant de petits oiseaux à leurs pieds picorant çà et là.

Les Oiseaux compose ainsi un tableau à trois dimensions, avec des oiseaux miniaturisés, eux aussi, mais tellement justes dans leur saisissement arrêté et immobilisé – miracle de fabrication artistique -, des sculptures en soi.

De même, les « vieux », assis en rang et comme absents, tricots de laine et veste usagée, sont d’une réalité foudroyante d’émotion. Ils sont là et déjà ailleurs, sur le chemin de la mort mais tellement vivants dans leur renoncement, la mise à distance de la vie et de ses conflits : une leçon d’existence. Maeterlinck va jusqu’à dire que les « vieux » sont d’une certaine manière, plus vivants que ne l’est par exemple, un amant qui tuerait sa maîtresse. Un sentiment d’existence vivace et vraie est recelé précisément dans ces regards que l’on croit à tort bien lointains ou déjà disparus. Un vieux d’ailleurs est suspendu dans les airs, en pleine forêt, comme prenant son envol.

Les Sentinelles fait allusion à des personnages isolés qui semblent guetter quelqu’un ou quelque chose. Ces apparitions tangibles composent trois tableaux. D’abord, un fac similé de nature et de renard empaillé, donne à voir, sur un lit de mousse, une petite fille en miniature, endormie auprès d’un renard qui la veille : un rêve scénique. Plus loin, un garçon près d’un pont observe l’horizon par-delà les spectateurs. Un grand garçon à la balançoire enfin, paraît aussi se complaire dans les airs, suspendu comme un aéroplane.

Cette figure aérienne assure le passage au troisième module de cette installation – La Chambre -, dans laquelle une adolescente est saisie à deux mètres du sol, sous le regard nonchalant de deux garçons de son âge, et d’un garçon de huit ans, caché derrière un rideau. Ces personnages sont plus grands que nature, et leur maladresse en est d’autant plus soulignée. Un papier bleu de nuages blancs terni est collé aux murs : l’enfance passe et les premiers pas vers la maturité s’ébauchent.

Des textes d’aujourd’hui sont diffusés voix off tandis qu’une boule magique suspendue au plafond, tournoie sur elle-même, entre jeux d’ombres et de lumières.

Pour le spectateur et auditeur, c’est un plaisir poétique et scénique : des textes significatifs de Duras, Lagarce, Ernaux, Bégaudeau, Stein, Fosse… évoquent la solitude, le doute, le mal-être et en même temps, le plaisir de vivre et l’amour de la vie. Les voix appartiennent aux acteurs de l’Atelier Volant du TNT, et travaillent également à la reproduction du réel en mélangeant textes, ambiances et musique. Un univers en soi surgit, avec des jeunes d’aujourd’hui et de tout temps, en train de s’interroger sur l’existence, l’avenir, les parents, l’amour, la mort, la désespérance…

Ce théâtre « immobile », tel que le rêvait Maeterlinck, n’est rendu possible artistiquement que grâce au savoir faire de Vantusso et Bordat dans la conception des marionnettes faites de résine, et imaginées à partir de photos de jeunes gens reproduites en trois dimensions. L’une des factrices s’occupe des visages et de leurs cheveux – implants et perruques -, l’autre s’occupe des corps – agrandis ou réduits.

Les tableaux sont bouleversants d’un rare « être-là » au monde qu’il s’agit de sentir.

Personnes_cie-trois-six-trente©pologarat-odessa06

Véronique Hotte

Du mercredi 4 au samedi 14 décembre 2013 au théâtre des Arts de la Marionnette de Mouffetard 75005 Paris. Tél : 01 84 79 44 44

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