Dramuscules de Thomas Bernhard, mise en scène de Catherine Hiegel

Crédit Photo : Pascal Gély

 

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Dramuscules de Thomas Bernhard, mise en scène de Catherine Hiegel

 

Dramuscules est un recueil de pièces courtes écrites par Thomas Bernhard en 1998, un an avant sa mort, et qui résume de manière saisissante le portrait que dresse l’auteur dans son œuvre, d’une Autriche enfermée dans son passé nazi.

 

Or, dès 1975, L’Origine, est un récit autobiographique intensément violent sur les années d’internat à Salzbourg, où l’écrivain compare l’éducation infligée dans une institution nazie à la fin de la guerre, à l’éducation catholique reçue immédiatement après dans le même établissement.

Le récit de sa vie se retrouve ainsi, d’œuvre en œuvre, comme « une suite de tentatives désespérées, écrit Chantal Thomas, opposées à la force de mort ou d’amnésie d’un ennemi identifié à l’Autriche, son pays natal ».

Thomas Bernhard écrit ainsi qu’« à l’emplacement où le portrait de Hitler était au mur, une grande croix était à présent accrochée… »,  et à l’endroit du piano qui accompagnait les champs nationaux-socialistes de la chorale des enfant, se tenait désormais un harmonium.

Catherine Hiegel a choisi de monter les trois premiers textes des Dramuscules, dont les deux premiers ont  à voir avec l’église et l’idéologie nazie.

« Un Mort » représente deux femmes sortant de l’église, après avoir assisté au rosaire du soir, et découvrent, sur le bas-côté, un prétendu cadavre entouré dans du papier d’emballage. Ce sont en fait des affiches aux croix gammées, enroulées et perdues par des militants, dont le mari de l’une d’elles, « pauvre crétin ! ».

« Le Mois de Marie » donne à voir, à la sortie de la messe du dimanche encore, deux femmes discutant et commentant la vie du bourg dont les obsèques d’un de leurs compatriotes qui a été accidentellement renversé par … un jeune immigré turc. Quant à « Match », le troisième récit, c’est une saynète dans laquelle un policier et sa femme, à la tombée de la nuit, vaquent à leurs occupations dans leur appartement. La femme, en train de repasser, éructe, tandis que le mari ne lui prête nulle attention, occupé tout entier par un match de foot à la télé dont il traite inlassablement les joueurs de « pauvres cons » !

Aucun échange, s’impose seule la haine de l’épouse amère pendant qu’elle recoud le blouson déchiré du policier, juste sorti d’une manifestation estudiantine : « Tirer dans le tas, il faudrait tous les tuer ! »

Avec leur petit tailleur BCBG de la bourgeoisie traditionnelle, Catherine Salviat et Judith Magre, qui jouent les deux comparses haineuses, sont éblouissantes.

 

Catherine Salviat interrompt un temps la représentation pour jouer au jeu des questions réponses avec le public sollicité. Qui a pu dire ces propos anodins à connotation raciste ? Dans le désordre, tel philosophe des Lumières, Roosevelt, Marx, Jules Ferry, de Gaulle, Chirac, telle députée…Tous. La liste est longue.

Quant à Judith Magre, dans le rôle d‘épouse de policier footeux, elle est, dans ses vociférations de truie agacée, extraordinaire d’horreur ordinaire, anti-jeune, anti-étudiante, anti-immigrée… Elle va au bout de l’inavouable, ne craignant pas de heurter les pudeurs mises à mal ni les sensibilités politiquement correctes. Avec Antony Cochin qui joue les hommes de main, le duo féminin scénique est infernal.

 

 

Véronique Hotte

 

Jusqu’au 9 mars au Théâtre de Poche-Montparnasse. Tél : 01 45 44 50 21

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