Pantagruel, de François Rabelais, mise en scène de Benjamin Lazar

Crédit photo : Nathaniel Baruch

 

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Pantagruel, de François Rabelais, mise en scène de Benjamin Lazar,

 

Ce sont des géants  – des êtres légendaires -, qui sont les héros de ce fabuleux roman d’aventures qu’est Pantagruel de Rabelais. L’œuvre est issue d’un écrit anonyme lui-même inspiré de traditions médiévales.

L’auteur de génie – on peut le dire ainsi – s’est appuyé sur ce matériau pour réinventer sa propre langue truculente, généreuse, grotesque, vulgaire, scatologique, joueuse, infiniment érudite et savante.  

Tout le plaisir est pour le lecteur et spectateur, grâce à la mise en scène de Benjamin Lazar. Entre créations d’images et expressions ludiques, jeux de mots et facéties, la langue rabelaisienne revendique une vitalité première et « quinte-essentielle ».

 

L’épopée pantagruélique est fantastique et comique, une farce invraisemblable et moqueuse, une fresque vigoureuse à la fois réaliste et symbolique en quête de vérité. C’est que « Pantagruel, libéré de toutes contraintes, se lance à la conquête de lui-même et du monde, avec un appétit insatiable de toutes les connaissances, et tout lui est possible. » Une posture pour le moins moderne.

Or, en ce seizième siècle lointain, le principe structurel de plaisanterie repose déjà sur le sens et la signification, un regard non seulement moral et religieux mais pédagogique ou politique. Contre la glose et les sabirs des Sorbonnards, contre l’ignorance et la bêtise, l’auteur invente une culture d’inspiration humaniste.

 

Pour lui, l’homme est un géant spirituel infiniment libre dont la fécondité concrète et abstraite, effective et potentielle, crée une langue prolixe, fluide, grouillante et burlesque. À la lisière de cette apparente mais profonde désinvolture, sévissent la censure et les interdits qui peuvent mener au bûcher, tel l’éditeur Etienne Dolet en pleine Place Maubert, à Paris, en 1546.

 

Les petites bougies tremblantes, chères à Benjamin Lazar, ont été remplacées par des lampes électriques ou bien une petite lumière placée sur le front d’Olivier Martin-Salvan, à la façon d’un spéléologue. Le comédien – une force de la nature éblouissante qui tétanise le public -, chanteur lyrique et acrobate à l’occasion, bouffon majestueux et poète né, incarne le narrateur – son héros et l’ami Panurge…

 

Les lumières subtiles de Pierre Peyronnet offrent un jour incertain, une pénombre de caverne antique pour l’onirisme de ce Pantagruel.

Tout commence par le gigantesque arbre généalogique du héros, les circonstances chaotiques de sa naissance qui provoqua la mort de sa mère. Sont évoquées ensuite la force de son appétit relayé par un égal appétit de savoir, les villes universitaires – Bordeaux, Montpellier, Poitiers, Rouen… et la découverte de Paris dans un hiver mordant : « Les gueux du cimetière des Saints-Innocents se réchauffent le cul avec les ossements des morts ». Vient plus tard le conseil paternel pour les études avec la fameuse lettre dont le héros et ses servants –  déroulent et retiennent l’immense surface de papier doré avec des baguettes de marionnettiste.

 

Le compositeur David Colosio a créé une musique contemporaine du XVI é, avec le cornet à bouquin et la flûte (Benjamin Bédouin), la guitare et le luth (Miguel Henry). Enfin,  advient la rencontre avec l’étonnant Panurge, succédant à Épistémon et aux autres professeurs : les compagnons sont en route désormais pour le pays de l’Utopie.

 

La scénographie et les costumes d’Adeline Caron s’appuient sur infiniment peu pour dire beaucoup. Au milieu des sons de cloches de troupeaux de moutons, des bêlements et des cris de bêtes, des bruits effrayants de la Mère-Nature, des gilets de bergers en paille, en rafia, en matière brute ; un immense manteau de fourrure pour le sieur Pantagruel qui invite à pénétrer aussi en son for intérieur, physique et moral ; un lit de fortune et son drap de transparence pour la mère morte et le sommeil de son fils. Et pour la tempête essuyée dans les profondeurs maritimes, se promènent à l’intérieur du cadre de scène une multitude de méduses en papier doré, un ballet volatile de volumes légers et de délicates figures.

 

À l’écoute du message rabelaisien, l’art de Benjamin Lazar et d’Olivier Martin-Salvan, défend le raisonnement et l’extraordinaire aventure esthétique de ce métier de vivre.

 

Véronique Hotte

 

Du 7 au 30 novembre 2013 à L’Athénée – Théâtre Louis-Jouvet. Tél : 01 53 05 19 19

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