Amour et désamour du théâtre, de Georges Banu, Le Temps du Théâtre, Actes Sud

Amour et désamour du théâtre, de Georges Banu, Le Temps du Théâtre, Actes Sud

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Amour ou désamour du théâtre, l’universitaire et essayiste Georges Banu s’interroge sur cette alternative, à travers la dialectique de l’incarnation et de l’imaginaire.

Pourquoi quitter la chambre pour aller au théâtre ? Est-ce un loisir ou bien un art ?

Ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre.

Comment ne pas se souvenir de Hamlet ? Le prince amoureux du théâtre motive sa passion en retrouvant sur la scène élisabéthaine le miroir qui renvoie le reflet concentré de la vie, ainsi la scène du meurtre paternel par son oncle et sa mère.

Le théâtre est encore le piège où le jeune prince prendra la conscience du roi.

Ne pas aimer le théâtre revient à ne pas éprouver ce besoin de concentration.

La scène, en raison même de l’incertitude instaurée entre le réel et la fiction, procède à la dénonciation de la confusion opérée tout en se réjouissant de la croyance suscitée. Un exemple en est la scène du théâtre dans le théâtre des artisans shakespeariens du Songe d’une nuit d’été, qui disent ouvertement « qui » ils jouent.

Le théâtre par ailleurs fait du présent sa condition suprême. Nous sommes ensemble, ici et maintenant, nous nous livrons au jeu dans l’espace restreint d’une salle de répétitions.

Comme le dit Prospéro dans La Tempête, « nous sommes faits de l’étoffe du présent ». La magie ne dure qu’un temps pour l’accomplissement de cet « instant habité », que sans jamais se lasser le spectateur attend.

Être dedans la représentation ne signifie pas se rendre prisonnier d’une illusion, mais se projeter intimement dans le spectacle dont on éprouve l’attrait et apprécie la qualité.

En outre, le théâtre est, comme le disait Vitez, « le lieu où se rend le peuple pour écouter sa langue ». À travers ce sentiment d’une appartenance, d’une identité qui permet, grâce aux mots, l’enracinement dans la mémoire d’un pays, la jouissance d’une socialité, la sensualité d’une écoute.

Les mots entraînent certes la réduction d’un public, la limitation d’une mobilité internationale du spectacle, mais assurent a contrario, le rattachement d’une communauté à une langue, un liant et un ciment.

Le répertoire – un patrimoine – invite au voyage hors de la durée, et les spectacles marquent les stations dans la durée. En même temps, nous sommes aujourd’hui sous l’emprise du « présent permanent ». Et pour beaucoup, le répertoire renvoie le théâtre du côté de la persistance du passé, contraire au culte de l’immédiat contemporain de nombres de scènes actuelles.

Au théâtre, il existe encore des partisans de la voix forte ou bien au contraire de la voix chuchotée, et le murmure à peine audible consacre la victoire du cinéma sur le plateau, tandis que la profération confirme la volonté de ne pas se rendre :

« Ce fut la posture d’Antoine Vitez qui invitait les spectateurs à projeter la voix, à faire résonner les alexandrins, à cultiver la réverbération des mots dans les murs du Palais des Papes ou dans la caverne de Chaillot. Vitez était un anti-Grüber ! »

L’auteur de l’ouvrage se souvient également de Brand d’Ibsen, la mise en scène de Stéphane Braunschweig (2005) qui soulignait les imprécations du pasteur totalitaire, à travers la voix magistrale et puissante de Philippe Girard.

L’écartèlement est la condition de l’homme de théâtre, entre murmure ou déclamation, divertissement ou art.

Pour « être »enfin , à la façon de Hamlet, soyons ce spectateur écartelé, ni acteur ni écrivain que l’auteur aurait pu devenir, mais ce citoyen lettré pourtant qui aime se laisser consumer par la passion de la scène.

Véronique Hotte

Amour et désamour du théâtre, de Georges Banu, Le Temps du Théâtre, Actes Sud.

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