L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge d’Hélène Cixous, mise en scène de Georges Bigot et Delphine Cottu, inspirée de la création d’Ariane Mnouchkine (1985)

Crédit photo : Arnaud Lafontaine

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L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge d’Hélène Cixous, recréation en khmer d’après la mise en scène d’Ariane Mnouchkine (1985), mise en scène de Georges Bigot et Delphine Cottu

 

En 2011, s’est jouée en France la Première Époque du spectacle de L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, une tragédie historique aux splendides accents shakespeariens, écrite par Hélène Cixous et dont la mise en scène par Georges Bigot et Delphine Cottu, s’inspirait de la création mythique d’Ariane Mnouchkine (1985).

 

Mais la singularité de ce retour d’un spectacle éclatant sur les scènes contemporaines tient au fait qu’il ne s’agissait pas d’une simple reprise, d’une nouvelle présentation ou d’un rêve audacieux de théâtre qu’on redonnerait à plaisir au spectateur. Norodom Version 2013 avec la lancée de sa Deuxième Époque et d’une « Intégrale » rituelle – est bien une recréation de l’original en langue khmère, le fruit d’une collaboration choisie dans le temps, d’un échange, d’une relation de transmission, entre d’une part, les artisans du Théâtre du Soleil – Mnouchkine, Durozier, Bigot, Cinque, Cottu … –, et d’autre part, une trentaine de jeunes comédiens apprentis du Phare Ponleu Selpak de Battambang,

 

La plupart sont de jeunes « héritiers » malheureux de l’histoire épouvantable du Cambodge, pays de leurs pères et mères massacrés. Presque trente ans après la création, de jeunes acteurs cambodgiens ont travaillé à Battambang, à la fois le métier du théâtre et leur propre Histoire nationale dont deux générations successives avaient rendu confus les enjeux passés. Ashley Thompson, linguiste et ethnologue à l’écoute du peuple khmer et à la source de cet échange singulier, évoque les enjeux liés à la mémoire des événements historiques : « Ce projet implique la traduction, dans l’idiome linguistique, culturel, politique d’une post-colonie, d’une pièce historique moderne traitant d’un héritage colonial, écrite pour un public occidental ».

 

La pièce recouvre une large période de 1950 à 1980, dont les références voguent de la Chine, au Vietnam, à l’URSS et aux Etats-Unis, en passant par la France. Le prince Sihanouk, homme de théâtre par excellence, dont le rôle investi par Georges Bigot a été revisité aujourd’hui avec panache par l’actrice cambodgienne San Marady – (le cruel Pol Pot est d’ailleurs lui-même joué par une femme) -, s’est éteint l’année dernière, dans la « vraie » vie. Sur la scène, à la fin de la première époque, Sihanouk était en exil à Pékin, destitué ; la deuxième époque débute en mars 1970 : le peuple khmer fuit l’Amérique pour se retrouver dans le giron de l’idéologie communiste. « La pièce se termine le 6 janvier 1979, jour où le Vietnam, armé par l’URSS, s’empare du Kampuchéa démocratique de Pol Pot, rejette les khmers rouges dans les maquis, sauve un reste de peuple à l’agonie, puis absorbe le pays… » (Cixoux).

Aujourd’hui, sonne le temps des procès pour les tyrans sanguinaires du peuple khmer… et c’est une autre histoire.

 

Si le monde est un théâtre, la scène de Bigot et Cottu s’inscrit sur le plateau avec cran et conviction dans la fidélité rigoureuse à la pièce historique. Un rideau orange s’ouvre et se ferme majestueusement sur les tenants du pouvoir – prince, ambassadeur, ministre, maréchal…- qui entrent sur la scène et en sortent, pressés le plus souvent. Une estrade de beau bois verni est installée en guise de sol politique présidentiel, avec autour les « douves », les fossés du Bas où se joue la geste populaire.

En haut, des hommes à la mise sévère débattent du destin du pays, à côté de Sihanouk et de la princesse. Les tortionnaires – dont une femme – à écharpe révolutionnaire, qui passent du Bas vers le Haut, portent des sandales, confiants en la seule terre des champs et des campagnes, avides de désurbaniser le pays et d’annihiler Histoire et Culture.

En Bas donc, les femmes et les enfants se replient dans la vie des scènes populaires, une grand-mère, sa sœur et un petit-fils orphelin adopté, victimes de la tyrannie, de la cruauté et de la faim. Le peuple verse des pleurs à la pensée de ses morts. Sihanouk de son côté, converse avec le spectre pittoresque de son père disparu. San Marady en Sihanouk – prince de comédie tragique – dispose d’une rare souplesse gestuelle, elle capte tous les regards et illumine le plateau de ses mimiques expressionnistes.

Mais la leçon –Théâtre et Histoire – est collective, soutenue aussi par les musiciens cambodgiens, tandis que d’autres massacres « khmers rouges » se perpétuent encore ailleurs et en Syrie.

 

Véronique Hotte

 

Les 27, 28 et 29  septembre 2013 à Limoges au Festival des Francophonies en Limousin / Théâtre de l’Union : 05 55 10 90 10.

Du 3 au 26 octobre 2013 à la Cartoucherie (Théâtre du Soleil/Festival d’Automne à Paris). Du mercredi au vendredi à 19h30 : Première ou Deuxième Époque en alternance, durée 3h30. Le samedi (sauf le 26) à 15h et à 19h30 : Première et Deuxième Époque, à voir ensemble ou isolément. Le dimanche (et le samedi 26 octobre) à 13h : intégrale, durée 7h : 01 53 45 17 17 ou 01 43 74 24 08

 

 

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