Bien lotis, de Philippe Malone, mise en scène de Laurent Vacher

 

Bien lotis de Philippe Malone, mise en scène de Laurent Vacher

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Bien lotis est une fiction périurbaine, une comédie sociale, issue de la résidence, depuis 2010, sur le territoire du pays de Briey de la Compagnie du Bredin à la poursuite de son investigation autour des utopies urbaines.

Pendant deux années, Philippe Malone, Laurent Vacher et le vidéaste Francis Ramm ont enquêté et collecté des témoignages, des récits de vie qui s’étalent sur plusieurs générations – de 1960 à nos jours.

 

Le parcours de ces habitants est jalonné par différents types d’habitats, de la Cité Radieuse de Briey la Forêt à la cité ouvrière, du village rural aux nouveaux lotissements. D’une situation nouvelle à une autre qui la remplace.

Les concepteurs de ce théâtre se posent les  bonnes questions : « Comment a été vécu le passage d’une utopie à l’autre, de l’élan consécutif à la reconstruction, au virage libéral et au pavillon ? »

 

Philippe Malone a trouvé son inspiration à partir de ces histoires véhiculées par la grande Histoire. La maison traditionnelle d’origine, modeste, inscrite dans un territoire et une commune, a été remplacée par l’immeuble collectif et ses appartements fonctionnels, la modernité d’un habitat neuf, inventé pour accéder au confort à l’américaine.

 

Les façons de vivre, de travailler et de se loger changent, tandis que la courbe de l’emploi ne baisse pas. Plus tard, s’annonce la crise économique : le chômage ravale les travailleurs au foyer, hors de la société, avec les voisins pour relations.

Restent les amitiés nouées aux débuts, quand on était plus jeune et en emploi garanti.

 

Les enfants échappent à leurs parents et vont vivre ailleurs, faisant retour souvent au concept de l’appartement jadis méprisé, laissant la maison parentale au rêve passé.

« Ma morale peut se résumer à ceci : dans la vie il faut faire… Urbanisme, humaine recherche loyale et créatrice… Nous devons nous tourner au-delà des petits égoïsmes, de toutes les petites choses. Il faut essayer de découvrir la vie, de suivre la vie… », écrit l’architecte inventeur Le Corbusier.

 

Les emménagements et déménagements successifs du couple dessinent cette petite vie quotidienne et sans prétentions : illusions, utopies et désenchantements.

Un journaliste à figure de diablotin mène l’enquête pour une émission TV qui doit être au top, s’il veut survivre à la nouvelle grille qui lui apportera encore argent et notoriété. Ces jeux médiatiques des questions réponses envahissent le monde des téléspectateurs qui voient les candidats interrogés sommés de répondre, comme s’ils étaient des enfants irresponsables qui ne s’appartiennent pas.

 

Le milieu est modeste : le mari s’exprime correctement mais l’épouse, intelligente mais plus « naïve », parle de « toupie » pour dire « utopie ».

Indiscrétion, impertinence et voyeurisme, telle est la position du téléspectateur comme du spectateur ici, sur le faîte de sa position personnelle plus enviable.

Le spectacle de Laurent Vacher est un petit joyau à l’écrin fermé, envahi par la régie générale à vue et la création sonore de Michael Schaffer, la création lumière et vidéo de Victor Egéa.

La chambre intime est restituée sur la scène alors que les images vidéo font défiler les extérieurs.

 

L’ensemble trop attendu, comme trop bien rôdé, souffre de sécheresse. La vision propose un jeu exagéré : le couple apparaît comme imbécile, ce qu’il n’est pas, et le spectacle tombe dans les travers qu’il dénonce.

 

Par exemple, l’épouse « joue » un peu trop, de façon appuyée, la petite fille face à l’animateur télé. Si ce n’est cette réflexion serrée sur l’urbanisme, l’évidence et la clarté de l’action nuisent à la scène.

 

Et les comédiens généreux se donnent sans compter sur le plateau, Christian Caro, Corrado Invernizzi, Martin Seize et Marie-Aude Weiss.

On pourrait même les toucher, ce qu’on ne peut faire à la télé…

 

Véronique Hotte

 

Bien lotis, de Philippe Malone, mise en scène de Laurent Vacher. Du 8 au 27 juillet 2013 à 12h45 à La Manufacture. Festival Avignon Off.

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