Par les villages de Peter Handke, mise en scène de Stanislas Nordey

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Par les villages de Peter Handke, traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, mise en scène de Stanislas Nordey

 

Par les villages de Peter Handke est un « poème dramatique » écrit à Salzbourg en 1980/81, d’inspiration autobiographique, révélé au théâtre en France par Claude Régy en 1983 à Chaillot, avec entre autres, Claude Degliame dans le rôle de Nora. La pièce achève une suite littéraire, une tétralogie : Lent Retour, La Leçon de la Sainte-Victoire et Histoire d’enfant.

Handke veut en finir avec le « vieux théâtre ». Dans ce qu’il appelle la « pièce parlée », c’est aux mots seuls qui font ressentir le sentiment de l’existence que le dramaturge donne sa confiance. Des mots qui suivent la ligne souple et courbe de la nature, ses chemins de traverse et ses croisements de route familiers, la seule promesse de l’expérience de vivre. À partir de l’unique épreuve énigmatique à laquelle chacun est confronté, l’humanité de l’être et de l’universalité du moi-je : « Oui, s’incliner devant une fleur, c’est possible. L’oiseau dans les branches, on peut lui adresser la parole et son vol donne du sens. Dans ce monde apprêté de couleurs artificielles retrouvez les couleurs vivifiantes d’une nature », profère la prêtresse Nora (Jeanne Balibar en majesté).

Par les villages parle de la vie qu’on ne voit pas à cause de sa trop grande proximité. Une telle cécité structurelle travaille au ratage de l’existence, au manqué et au loupé des rencontres. Ainsi, « Passez par les villages » pour vous rendre enfin aux invitations de la vie et voir s’épanouir les couleurs des feuillages, entendre le bruit des cours d’eau et sentir sur sa peau la caresse du soleil : « Non, nous ne pouvons pas ne vouloir rien être … Un homme qui vit regarde là où quelque chose vit encore. »

C’est une épopée du quotidien que le drame dessine : un frère aîné (Laurent Sauvage), écrivain et double de l’auteur, revient au pays natal où sont restés un frère (Stanislas Nordey), ouvrier,  et une sœur (Emmanuelle Béart), employée de commerce. L’aîné – celui qui a réussi socialement et individuellement – revient pour finalement abandonner sa part d’héritage de la maison familiale à ses deux proches. Le village avec ses baraquements d’ouvriers de chantier a bien changé : panneaux indicateurs, pancartes publicitaires et « civiques » ont tout envahi. Il n’en faut pas moins conserver l’esprit de la fête et de l’énigme heureuse d’être au monde.

Puisque le chantier est terminé, les deux frères et la sœur, les compagnons de travail du frère ouvrier (Raoul Fernandez, Moanda Daddy Kamono, Richard Sammut), l’amie de l’écrivain (Jeanne Balibar) et la gardienne du chantier (Annie Mercier), se retrouvent une dernière fois pour échanger et parler, transmettre des bribes de mémoires et des impressions singulières qui n’appartiennent qu’à soi. Les exploités de la terre ont droit, eux aussi, de vivre au plus près l’énigme de l’existence pour en découvrir l’âme à travers la contemplation d’un visage ou bien d’un paysage : « Notre abri c’est nulle part. La seule prière efficace, c’est la gratitude ».

Sous les sons électriques de la musique live d’Olivier Mellano, la mise en scène de Stanislas Nordey impose sa loi poétique, une déclamation à la fois naturelle et sacrée, un mouvement de basse continue de tension à la fois âpre et doucement exacerbée sur lequel les mots frappent juste et fort entre les cris des martinets tournoyants. Le public est au rendez-vous de la rencontre initiée par Nora : « Jouez le jeu – mais qu’il ait de l’âme. » Un art du théâtre dont le jeu nous désarme enfin.

 

Véronique Hotte

 

Par les villages de Peter handke, mise en scène de Stanislas Nordey, Cour d’Honneur du Palais des Papes jusqu’au 13 juillet 2013. Du 5 au 30 novembre 2013, au Théâtre de la Colline.

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