Mon Nom est rouge d’après Orhan Pamuk, mise en scène d’Alain Lecucq et Narguess Majd

Mon Nom est Rouge, d’après Orhan Pamuk, mise en scène d’Alain Lecucq et Narguess Majd

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Avec à la co-mise en scène l’Iranienne Narguess Majd, la compagnie Papierthéâtre d’Alain lecucq nous invite à plonger – à travers le Off du Festival avignonnais – dans les contes ombragés et rafraîchissants des Mille et une nuits.

Pour un voyage dans les livres d’enluminures, une histoire d’esthétique et de peinture – à la manière persane ou bien vénitienne, selon la vision orientale ou occidentale, côté Islam ou coté Chrétienté.

Un théâtre d’objets qui s’adapte à notre extrême contemporanéité.

Au moment de bascule d’un monde à l’autre, dans un jeu d’influences, d’échanges et d’oppositions… avant d’autres retours en arrière qui nous effraient.

Il est vrai que l’épopée relatée sur le plateau de théâtre est inspirée de l’ouvrage averti Mon Nom est Rouge du Prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk.

L’action se situe à Istanbul à l’hiver 1591, quand un peintre miniaturiste se fait assassiner.

Un conte d’amour et de filiation, de transmission traditionnelle par-delà la transcendance même dans le domaine artistique, culturel et intellectuel.

Le père prépare en grand secret un ouvrage qui doit marquer le passage de la manière « traditionnelle » à la manière « occidentale » de peindre.

Les ateliers des peintres bruissent de cette envie de changement, condamnée par les prédicateurs extrémistes. Dans un café, un conteur (Brice Coupey) se moque chaque soir des religieux grâce aux esquisses des peintres. De quoi exacerber les tensions…

Avec sur la scène, la musique entêtante et suave du compositeur iranien et joueur de ney, oud et setar, Siamak Jahangiry, le spectacle égrène son récit comme en montant les marches successives d’un escalier immense qui mènerait à la découverte de la vérité et à un résultat artistique tant attendu, le renouvellement transgressif des manières à partir de la mémoire des traditions.

Le questionnement touche au style de l’artiste et à sa signature, à l’évocation de son temps historique confronté au temps de Dieu. L’interrogation concerne enfin la cécité, ce pouvoir qui émane de l’obscurité, vision d’un monde prophétique et d’éternité. Que voit-on à travers l’image ? Un cheval ou bien le signe du cheval ?

La philosophie fraie ici avec l’esthétique, et le déroulé des divers castelets sur lesquels les interprètes – Brice Coupey, Alain Lecucq et Narguess Majd – manipulent leurs figurines de carton coloré, comme s’il s’agissait de marionnettes, est un enchantement. À chaque petite scène, un éblouissement de l’action dans un décor pour figurines délicates.

De petits théâtres dans le théâtre, des cadres de représentation qui s’emboîtent abstraitement les uns les autres, à la façon des pages que l’on tourne d’un grand livre d’images. Le spectateur est d’emblée « délocalisé » avec un bonheur assuré, du côté d’Istanbul et de son onirisme frontal : ses cavaliers à montures, près des palais et des demeures à minarets, non loin des mosquées et du Bosphore.

Les « décors » successifs s’illuminent alternativement, passant d’un repère à l’autre, d’un centre artistique à un domaine privé et familial. La vie est un monde.

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Mon Nom est rouge embarque le public dans un rêve poétique à l’étoffe solide.

Véronique Hotte

Mon Nom est Rouge, d’après Orhan Pamuk, mise en scène d’Alain Lecucq et Narguess Majd, du 8 au 24 juillet 2013 à 11h, relâche le 11 et le 18 juillet. À la Caserne des Pompiers. Tél : 04 90 84 11 52

 

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